Le double abandon de Ferrari au Grand Prix du Brésil 2025 a fait couler beaucoup d’encre, mais ce sont surtout les commentaires tranchants de John Elkann, président du groupe Ferrari, qui ont mis le feu aux poudres. Entre frustrations internes et comparaisons avec la victoire au WEC, l’ambiance chez la Scuderia est plus que jamais sous tension.
Le choc de São Paulo : une catastrophe sportive… et politique
Le Grand Prix du Brésil 2025 restera comme l’un des grands échecs de la Scuderia cette saison. Après un départ prometteur lors des qualifications, le double abandon en course de Charles Leclerc et Lewis Hamilton a été un véritable revers. Ferrari, engagée dans une bataille acharnée pour rester dans le top 3 du championnat constructeurs, ne pouvait pas se permettre un tel faux pas à ce stade de la saison. Cependant, c’est la réaction de John Elkann dans les jours qui ont suivi qui a attisé les tensions.
Dans une déclaration relayée par plusieurs médias spécialisés, dont f1only.fr, le président de Ferrari n’a pas hésité à pointer du doigt « une faiblesse de l’équipe F1 », en contraste direct avec la victoire obtenue par Ferrari au Mans en Championnat du Monde d’Endurance (WEC). Une comparaison que Jacques Villeneuve, champion du monde 1997, estime particulièrement malvenue et potentiellement toxique pour l’équilibre de l’écurie : « Je suppose qu’il voulait souligner à quel point l’équipe du WEC a été formidable, par rapport à la F1. Mais c’est un tout autre domaine… »
Leclerc et Hamilton : entre personnalité forte et susceptibilité stratégique
En misant sur un duo aussi étoilé que Leclerc-Hamilton – deux pilotes hautement talentueux mais aussi très affirmés – Ferrari savait qu’elle ne recrutait pas de simples exécutants. Charles Leclerc est devenu le visage de la Scuderia ces dernières années, avec un engagement total pour ramener Ferrari au sommet. Hamilton, quant à lui, arrivé en 2025 avec un palmarès inégalé et une aura de leader, avait pour mission d’apporter une nouvelle dynamique à l’équipe.
Jacques Villeneuve prévient : ces critiques pourraient ne pas glisser sur les épaules de ces deux champions. « Vous prenez aussi une personnalité, vous prenez des pilotes qui peuvent réfléchir, qui peuvent aider l’équipe à aller de l’avant. Ce ne sont pas des petits robots », souligne-t-il toujours pour f1only.fr. Ce rappel habile pose une question de fond : Ferrari arrive-t-elle à faire cohabiter ses ambitions historiques avec les exigences humaines et émotionnelles de ses pilotes ?
En Formule 1, la communication interne est un vecteur quasi aussi stratégique que le développement technique. Et lorsqu’un président critique ouvertement son équipe, il expose le collectif à l’instabilité. Ce type de message public peut miner la confiance, refroidir les esprits, voire compromettre l’équilibre entre les ingénieurs, le management et les pilotes.
Un environnement Ferrari toujours aussi exigeant… et impitoyable ?
Villeneuve n’est pas le premier à pointer une culture de la pression extrême au sein de la Scuderia. « La plupart des pilotes s’y sont cassé les dents », rappelle-t-il dans une formule lapidaire. Des destins brisés comme ceux de Sebastian Vettel ou, plus loin, Fernando Alonso, en témoignent. Ferrari veut gagner, et tout de suite. Mais cette culture du résultat rapide finit souvent par s’opposer au besoin de construire sur le long terme.
Cela relance un débat crucial pour l’avenir de l’équipe : peut-on construire une équipe championne sans offrir à ses hommes – pilotes comme ingénieurs – un cadre émotionnellement stable ? L’attitude de John Elkann est-elle la bonne, ou risque-t-elle de renforcer un climat délétère au moment où il faudrait au contraire rassembler ?
Avec une fin de saison qui s’annonce tendue et des projecteurs déjà braqués sur 2026 et la nouvelle réglementation moteur, Ferrari doit absolument redresser la barre sans laisser son duo star sombrer dans des frustrations prévisibles mais évitables.
Conclusion : Ferrari face à un choix stratégique et culturel
Ferrari 2025 est à la croisée des chemins. Entre les ambitions inavouées de titre et la nécessité d’unir ses forces internes, l’écurie doit apprendre à gérer la critique sans compromettre la cohésion. Les mots de John Elkann, bien que compréhensibles dans une logique de pression compétitive, soulignent une fracture qui pourrait devenir un point de rupture avec ses pilotes vedettes. Plus que jamais, c’est toute la culture de Ferrari en F1 qui semble devoir évoluer si elle veut renouer durablement avec la victoire.