Le Grand Prix d’Italie 2025 à Monza, théâtre mythique pour la Scuderia, aurait dû être une fête totale pour les Tifosi. Pourtant, malgré un public en feu et une ambiance survoltée, le week-end s’est conclu sur une 4e place pour Charles Leclerc et une 6e pour Lewis Hamilton. Si la domination de Max Verstappen a laissé peu de place aux ambitions ferraristes, une tension en interne a occupé le devant de la scène après les qualifications : un malentendu stratégique en Q3 entre les deux pilotes rouges. Retour sur cet épisode et les explications limpides de Frédéric Vasseur.
Un samedi tendu sous pression à Monza
Lors de la Q3, dernière phase des qualifications, la tension était palpable chez Ferrari. Dans un exercice devenu crucial dans l’ère actuelle de la F1 — celui de l’aspiration entre coéquipiers — Charles Leclerc s’attendait à bénéficier du sillage de Lewis Hamilton pour améliorer son temps. Cela n’a pas été le cas. La déception visible du Monégasque devant les caméras post-qualifications a alimenté les rumeurs de tensions internes. Hamilton, lui, est resté discret.
Interrogé par F1 TV à la sortie des qualifications, Frédéric Vasseur a tenu à désamorcer rapidement toute polémique : « Avec cette histoire de temps au tour maximal, si vous le faites, vous devez sacrifier une voiture, et il est important pour l’équipe et pour les deux pilotes d’être dans un état d’esprit positif. » Autrement dit, faire bénéficier l’un d’une aspiration impliquerait de compromettre le tour de l’autre pilote, dans un contexte où le chrono maximum imposé par la FIA restreint les manœuvres tactiques durant les tours de lancement.
En clair, Ferrari a opté pour la « neutralité stratégique » afin de maintenir l’équilibre au sein de son duo. Une décision qui, selon Vasseur, visait avant tout à préserver la dynamique d’équipe et n’impliquait aucune préférence ou tension sous-jacente.
Une stratégie contestée, mais justifiée
Sur le papier, ne pas faire bénéficier l’un des pilotes de l’aspiration sur un circuit comme Monza — temple de la vitesse — peut sembler contre-productif. Surtout lorsque des équipes telles que McLaren ou Red Bull exploitent chaque centième de seconde en qualification. Pourtant, le contexte réglementaire actuel, avec le delta minimum imposé entre les secteurs lors des tours de sortie, complexifie fortement la mise en place de ces stratégies en toute équité.
Vasseur l’a clairement expliqué : « La pole position était hors d’atteinte. » Mieux valait donc éviter de compromettre un des deux pilotes en le sacrifiant comme « lièvre ». Ce choix montre aussi le changement de mentalité opéré chez Ferrari. Dans le passé, ce genre de décision aurait pu alimenter une guerre ouverte en interne. Aujourd’hui, Vasseur fait le pari de l’apaisement et de la cohésion, en pensant au long terme, notamment sur la gestion d’un duo Leclerc-Hamilton que beaucoup annonçaient comme potentiellement explosif.
Cela traduit également un renforcement de l’autorité du Team Principal, qui, en moins de deux saisons à Maranello, a profondément réorganisé l’équipe tant sur le plan technique que stratégique, tout en assurant une communication claire et maîtrisée.
Impact sur la dynamique Ferrari pour la suite de la saison
Si Ferrari continue de viser les podiums, elle doit encore combler un écart technique face à Red Bull et McLaren. Dans ce contexte, la gestion des relations internes devient plus stratégique que jamais. Un duo performant mais uni, c’est l’arme numéro un pour ne pas basculer dans la spirale des conflits intra-écurie, fatale à tant de projets prometteurs.
Leclerc, frustré mais professionnel, a d’ores et déjà déclaré vouloir discuter en interne, sans créer de polémique. Hamilton, concentré sur l’adaptation continue à la SF-25, garde son calme caractéristique. L’intervention de Vasseur arrive donc à point nommé pour prévenir une division et maintenir une dynamique positive.
En clôturant ce chapitre Monza, Ferrari montre qu’elle a gagné en maturité. Et si l’on regarde vers Singapour et Suzuka, où les qualités châssis seront plus décisives que la vitesse pure, il est fort possible que cette approche cohérente porte enfin ses fruits.
Ferrari n’a peut-être pas remporté la bataille de Monza 2025, mais elle a évité celle des égos. Et à Maranello, c’est déjà une victoire.