La passion Ferrari ne meurt jamais. Elle s’entretient, se partage, et parfois, elle se transmet. En ce début d’année 2025, Jean Alesi, figure emblématique de la Scuderia Ferrari dans les années 90, a pris une décision aussi symbolique que retentissante : mettre en vente l’une de ses Ferrari personnelles, la F92A de 1992, une pièce d’histoire équipée d’un mythique moteur V12. Et il ne s’agit pas de n’importe quelle vente…
Une Ferrari F92A, témoin d’une époque inoubliable
La F92A, c’est la monoplace engagée par la Scuderia Ferrari lors du Championnat du monde 1992 de Formule 1. Si la voiture ne brilla pas en performance pure — Ferrari terminant quatrième au classement constructeurs — elle reste gravée dans les mémoires par son design audacieux et… son rugissant V12 atmosphérique de 750 chevaux. Jean Alesi, à l’époque coéquipier d’Ivan Capelli puis de Nicola Larini, disputa seize Grands Prix cette année-là, décrochant une belle 3e place à Montréal.
Ce châssis spécifique de F92A, offert à Jean Alesi par la Scuderia à la fin de la saison 1992, a été conservé précieusement durant plus de trente ans. Immobile, certes, mais préservée dans un état irréprochable et fonctionnelle. Ce bijou mécanique trônait jusqu’en 2024 dans la salle de sport privée du pilote, rare privilège réservé à ceux qui ont laissé une empreinte indélébile chez Ferrari.
Aujourd’hui, cette Formule 1 va quitter le confort silencieux de son salon d’exposition pour potentiellement retrouver la piste : une décision forte, motivée par une conviction profondément émotive.
Un choix symbolique : transmettre une passion
C’est à l’occasion du Grand Prix d’Italie 2024 que tout a basculé dans l’esprit de Jean Alesi. Reprenant le volant d’une autre Ferrari de 1995 également motorisée par un V12, l’Avignonnais s’est replongé dans les sensations brutes et enivrantes de la course. Et ce frisson l’a convaincu : « En rentrant à la maison, voir ma F92A de 1992 posée dans ma salle de sport m’a convaincu que sa place était sur un circuit », a-t-il confié dans un communiqué relayé par Artcurial Motorcars. Dès lors, le verdict était clair : cette Ferrari devait revivre, guidée par un nouveau passionné.
La mise aux enchères de cette voiture, prévue le 27 janvier 2025 à l’hôtel Peninsula à Paris par la maison Artcurial, suscite déjà l’émoi chez les collectionneurs. Estimée entre 3 et 4 millions d’euros, cette vente est qualifiée de « rarissime » par Matthieu Lamoure, président d’Artcurial Motorcars. « Ce qui rend cette voiture unique, c’est sa provenance : elle vient directement du pilote, certainement le plus populaire de sa génération », explique-t-il. Une pure-souche Ferrari, unique, directement issue d’un pilote légendaire : l’occasion est exceptionnelle.
Un geste qui résonne jusqu’à Maranello
Si ce geste trouve une résonance si forte, c’est parce que Jean Alesi incarne une époque de la Scuderia Ferrari à la fois tumultueuse mais passionnée. Aimé pour son pilotage engagé et authentique, il fait partie des rares pilotes qui, malgré une seule victoire sous les couleurs de la Scuderia (Canada 1995), restent dans le cœur des tifosi comme un vrai homme de Ferrari. La vente de sa F92A est un hommage à l’esprit de compétition, mais aussi à l’héritage vivant de la Formule 1.
Plus important encore, cet événement relie le passé au présent — dans une saison 2025 où Ferrari, sous la houlette de Fred Vasseur, vise à renouer avec son glorieux passé en luttant enfin régulièrement pour des victoires. Le rugissement d’un V12 Ferrari remis en route par un passionné résonnera comme un signal : l’histoire est toujours bien vivante, et elle inspire.
Jean Alesi, en permettant à un collectionneur passionné de redonner vie à cette F92A, ne se contente pas de tourner une page ; il l’offre à la postérité. Alors, qui osera demain envoyer de nouveau sur circuit cette machine infernale, chef-d’œuvre de Maranello à moteur atmosphérique ? La réponse viendra sans doute sous le marteau du commissaire-priseur, le 27 janvier prochain.