Après un début de saison en demi-teinte, Ferrari signe son premier podium 2024 grâce à un Charles Leclerc incisif et appliqué au Grand Prix d’Arabie saoudite. Si le Monégasque s’est hissé à la troisième place avec brio, il ne cache pas une frustration persistante : la SF-25 plafonne en qualifications, et cela bride les espoirs de victoire.
Un podium mérité, mais sans illusion
En franchissant la ligne d’arrivée en troisième position à Djeddah, Charles Leclerc a offert à Ferrari son premier vrai résultat notable de la saison. Pourtant, le sourire est mesuré chez le pilote monégasque, lucide sur les limites de sa monoplace. « La voiture n’avait rien de plus à donner », a-t-il affirmé avec honnêteté sur Canal+, après une course où tout a été optimisé. Stratégiquement impeccable, la Scuderia a déroulé un plan sans faille : arrêt unique tardif, gestion parfaite des pneumatiques, et dépassement autoritaire sur George Russell à un moment-clé.
Avec un relais de 30 tours en gommes médiums — le plus long parmi les pilotes de tête —, Leclerc a maximisé l’adhérence dans les derniers tours pour se faufiler sur le podium. Mais si l’exécution en course a été sans accroc, l’analyse de fond reste inquiétante : cette performance cache difficilement les insuffisances du samedi, jour crucial pour se positionner dans le peloton d’élite.
Les qualifications, talon d’Achille de la SF-25
Depuis le début de la saison 2024 de Formule 1, Ferrari peine à briller en qualifications. Pourtant, l’équilibre de la voiture semble désormais plus rassurant, selon Leclerc lui-même. Alors, où est le problème ? « Ce n’est pas toujours le même problème », explique-t-il, soulignant la nature instable et difficilement prévisible des performances de la SF-25 dans l’exercice du tour rapide.
C’est là tout le paradoxe : en course, Ferrari semble solide, régulière, capable de rivaliser avec les Mercedes ou les McLaren sur la durée. Mais sur un tour, l’écart se creuse avec Red Bull — encore inatteignable — et même avec Aston Martin dans certaines séances. Résultat : des places moyennes sur la grille qui obligent à des courses en remontée, limitant les ambitions de victoire. Leclerc le sait : « À partir du moment où on partira d’une meilleure position, on aura nos chances. »
Le problème est structurel. Depuis deux saisons maintenant, Ferrari traîne ce déficit sur le samedi. Et dans un championnat aussi serré, où chaque dixième coûte plusieurs positions, la moindre faiblesse technique est immédiatement sanctionnée.
Quels leviers pour Ferrari à court terme ?
Les circuits européens arrivent, et avec eux des opportunités pour la Scuderia d’introduire des évolutions aérodynamiques. Leclerc évoque lui-même cette attente d’améliorations avec espoir : « Nous devons continuer à pousser, et j’espère que des évolutions seront bientôt apportées à la voiture », confiait-il en conférence de presse.
Maranello travaille déjà sur un package développé prévu pour Imola ou Barcelone, avec une refonte partielle du plancher, et des ajustements sur l’aileron avant. L’objectif ? Gagner en efficacité générale, mais surtout améliorer le comportement imprévisible de la monoplace dans les changements de conditions de piste – un facteur clé en Q3.
Ferrari ne manque pas de ressources ni de talents. Mais l’heure n’est plus à saluer la régularité : il faut maintenant cocher toutes les cases, notamment celle de la performance pure sur un tour. Car si la stratégie et la gestion de course peuvent offrir des podiums, seules les qualifications permettront de viser encore plus haut.
Conclusion : une alerte constructive pour Maranello
Ce podium en Arabie saoudite est une bouffée d’oxygène. Mais il sonne aussi comme un rappel ferme pour la Scuderia : le potentiel est là, mais il reste bridé par une performance qualificative instable. Charles Leclerc, en meneur discret mais exigeant, pose clairement le diagnostic. À Ferrari maintenant d’en tirer les leçons, car les écarts au championnat commencent déjà à se creuser — et les Red Bull ne feront aucun cadeau.