La Ferrari F92A de Jean Alesi : un joyau historique prêt à changer de mains

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par Alex Marcol

Trente-deux ans après sa dernière apparition en piste, la Ferrari F92A de Jean Alesi s’apprête à quitter le cocon privé dans lequel elle est restée figée. Symbole d’une époque audacieuse pour la Scuderia Ferrari, cette monoplace mythique de la saison 1992 va prochainement être mise aux enchères par la maison Artcurial, sans prix de réserve. Estimée entre 3 et 5 millions d’euros, cette vente suscite déjà l’émoi chez les passionnés de Formule 1 et les collectionneurs.

Un trésor de Maranello figé dans le temps

Contrairement à bien des monoplaces historiques restaurées ou modifiées au fil des années, la F92A de Jean Alesi est un véritable instantané de l’histoire. Offerte personnellement par Ferrari au pilote français à la fin d’une saison tumultueuse, la voiture est restée parfaitement conservée dans sa villa. Jean Alesi confiait récemment au micro d’Artcurial (source : Artcurial Motorcars – 2025): « La voiture avait été révisée, j’ai fait deux tours à Fiorano, puis je suis rentré aux stands. Les pneus ont été changés et elle a été chargée dans le camion, moteur encore chaud. Une fois chez moi, je l’ai installée, et elle n’a plus jamais bougé. »

Ce rare état de conservation fait de cette Ferrari une pièce unique, témoin d’un pan complet de l’histoire de la F1 des années 1990. Avec seulement cinq Grands Prix disputés sous les couleurs de la Scuderia, la F92A n’a certes jamais brillé en résultats purs, mais sa valeur symbolique dépasse largement son palmarès.

Une conception révolutionnaire… mais controversée

La F92A était loin d’être une Ferrari ordinaire. Imaginée par l’ingénieur Jean-Claude Migeot, cette monoplace se démarquait par une architecture aérodynamique inédite, notamment son fameux double fond (ou « double plancher »), une innovation tentant de maximiser l’effet de sol et l’appui aérodynamique. Cette configuration conférait à la voiture une stabilité en virage accrue, mais au prix de nombreux inconvénients.

L’un des problèmes majeurs concernait la fiabilité moteur : une chute de pression d’huile chronique avait obligé Ferrari à installer un second réservoir activable depuis le cockpit, une solution d’urgence peu conventionnelle. Ces faiblesses techniques ont fortement entravé les performances de la voiture durant la saison 1992.

Jean Alesi, toujours passionné quand il évoque cette machine, admet néanmoins le potentiel qu’elle renfermait : « C’était une voiture extrêmement innovante, avec un appui aérodynamique supérieur à celui des autres », rapporte-t-il à Artcurial. Une Ferrari en avance sur son temps, trop complexe pour être pleinement exploitée dans un cadre aussi instable que celui de la Scuderia à l’époque.

Derrière la technique, une relation humaine forte

Le sort de cette F92A est aussi profondément lié au parcours personnel et émotionnel de Jean Alesi chez Ferrari. En fin de saison 1992, alors que les tensions montaient au sein de l’équipe, Alesi trouve un appui inattendu auprès de Niki Lauda, alors consultant technique. Le Français se confie : « Je ne demandais pas plus d’argent, je demandais du respect. » Ferrari, dans un geste rare et poignant, lui répondra : « On t’aime, ne t’inquiète pas. On te fait un cadeau : ta voiture. »

Ce moment symbolique fait de cette Ferrari non seulement un objet de collection, mais aussi une œuvre sentimentale, incarnant le lien entre un pilote et sa machine, entre une époque et une passion intacte. Aujourd’hui, cette icône enfermée dans le silence de la propriété d’Alesi va changer de destin.

Un héritage mis aux enchères

Artcurial Motorcars mettra donc la F92A en vente dans le courant du printemps 2025, offrant à un nouveau propriétaire la chance d’acquérir un véritable bout d’histoire. À l’heure où les monoplaces modernes sont de plus en plus aseptisées, cette machine incarne une époque de F1 brute, audacieuse, émotionnelle.

Entre passion mécanique, histoire humaine et rareté de l’objet, la mise aux enchères de la Ferrari F92A s’annonce comme l’un des événements majeurs de l’année pour les fans de la Scuderia et les collectionneurs d’automobiles historiques. Ce n’est pas juste une voiture qui sera vendue, mais un symbole de l’ADN Ferrari.

Parce qu’au-delà des trophées, certaines Formule 1 marquent les esprits par ce qu’elles représentent. Et celle-ci, même immobile depuis plus de trois décennies, n’a jamais cessé de faire battre le cœur des tifosi.

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