Depuis sa nomination à la tête de la Scuderia Ferrari en janvier 2023, Frédéric Vasseur sait qu’il marche sur un fil. À Maranello, les attentes sont gigantesques, et la moindre contre-performance provoque houle et remous. Dans une récente interview accordée au journal L’Équipe, le patron de la Scuderia a surpris en comparant sa situation à celle d’un entraîneur de football — et pas n’importe lequel : Luis Enrique, coach du Paris Saint-Germain.
Une analogie audacieuse… mais révélatrice
Dans cette sortie inattendue, Vasseur tient à mettre en lumière les différences fondamentales entre la gestion d’une équipe de Formule 1 et celle d’une formation de football de haut niveau. « Un entraîneur de foot peut avoir de l’impact rapidement sur son équipe, mais il dépend aussi d’un penalty raté », explique-t-il dans les colonnes de L’Équipe. Un clin d’œil assumé à Luis Enrique, lui-même contesté en cours de saison 2023-2024 avant de mener le PSG vers un sextuplé historique.
À travers cet exemple, le Français cherche surtout à cadrer les attentes autour de Ferrari : non, la transformation de la Scuderia ne peut pas se faire du jour au lendemain. Contrairement à un entraîneur capable de redresser un club en quelques semaines, le directeur d’équipe en F1 dépend de nombreux paramètres techniques, logistiques et humains que seule la patience peut optimiser.
Le projet Ferrari 2023-2025 : une course d’endurance plus que de vitesse
Sous la houlette de Vasseur, Ferrari a entamé une profonde restructuration technique et stratégique. Plusieurs recrutements-clés ont été effectués en 2023 – notamment dans les départements aérodynamique et simulation – mais les résultats de ces mouvements ne se feront sentir pleinement que sur la saison 2025 voire 2026, lorsque les ingénieurs et spécialistes auront été complètement intégrés au cycle de développement. « En F1, on attend encore des gars qu’on a recrutés en 2023 », martèle le patron.
Il met en lumière un fait souvent ignoré par les observateurs : en Formule 1, un ingénieur qui arrive dans une écurie ne peut influer concrètement sur la monoplace qu’au bout de 12 à 18 mois, en raison des limites de transfert de propriété intellectuelle, des périodes de préavis et de la complexité des outils de développement. Pendant ce temps, les tifosi s’impatientent, surtout après 18 années sans titre constructeur et pilotes.
Les défis spécifiques à la Scuderia
Ferrari n’est pas une équipe comme les autres. En Italie, la Scuderia est une institution nationale, intimement liée à l’identité du pays et sujet de fierté autant que de frustration. Chaque saison sans victoire devient un sujet politique autant que sportif. Vasseur le sait, et cette analogie avec le monde du football, domaine lui aussi fervent et médiatiquement exposé, trouve écho auprès des suiveurs du paddock.
Mais si l’analogie attire l’attention, ne masquons pas les urgences. Ferrari a livré en 2024 une saison une nouvelle fois marquée par un déficit de régularité, une stratégie parfois hasardeuse (comme à Monaco ou à Singapour), et le manque d’efficacité dans les phases critiques de course. Charles Leclerc et Carlos Sainz montrent de l’envie, mais seul un package technique solide pourra leur donner les armes pour se battre contre Red Bull et Mercedes.
Patience oui, mais jusqu’à quand ?
Le message de Vasseur est clair : laissez-nous le temps de construire. Pourtant, en F1, ce luxe n’est accordé que si des résultats prometteurs donnent une tendance positive. Le parallèle avec Enrique est pertinent, mais attention : le technicien espagnol n’aurait pas survécu à sa mauvaise passe sans un changement spectaculaire de trajectoire. Vasseur doit donc transformer les paroles en actes dès 2025, sous peine de voir la patience s’effriter.
Pour l’instant, le soutien interne semble intact. Benedetto Vigna, CEO de Ferrari, a plusieurs fois réitéré sa confiance envers Vasseur et la direction sportive. Mais dans un monde aussi compétitif qu’impitoyable que la Formule 1, le compteur de la patience tourne vite. Et les supporters n’oublient pas que, le dernier titre Ferrari remonte à 2008…