Losail, le cauchemar de Hamilton : un circuit F1 qui divise les pilotes

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par Alex Marcol

Depuis son arrivée en Formule 1 en 2021, le circuit de Losail au Qatar divise. S’il offre une organisation impeccable et des infrastructures modernes, sa configuration initialement pensée pour le MotoGP semble de moins en moins adaptée aux exigences de la F1 moderne. Dernier pilote en date à dresser un constat sans appel : Lewis Hamilton. Le septuple champion du monde s’est lâché, pointant du doigt un tracé qu’il juge tout simplement impropre aux dépassements. Une critique qui soulève une question majeure pour l’avenir : que faire des circuits où le spectacle peine à émerger ? Décryptage.

Un circuit rapide, mais peu adapté aux monoplaces de F1

Construit à l’origine pour les compétitions moto, le Losail International Circuit s’étend sur 5,4 km de virages fluides et rapides. Mais ce qui fait le sel d’un Grand Prix moto — des courbes longues à haute vitesse, peu de freinages appuyés et un asphalte large — devient une contrainte sérieuse pour les monoplaces équipées d’un appui aérodynamique ultra-sensible. Résultat ? Peu de zones de dépassements, une trainée d’air sale (dirty air) encore plus pénalisante qu’ailleurs, et des courses aux allures de processions.

C’est précisément ce qu’a souligné Lewis Hamilton lors de la dernière édition du Grand Prix du Qatar : « C’est un endroit magnifique, et très bien organisé, mais ils doivent trouver une autre solution. […] C’était probablement pénible à regarder », a-t-il déclaré, cité par Motorsport.com. Le vice-champion 2024 ne mâche pas ses mots et remet même en question les décisions des organisateurs concernant les zones de DRS et la conception de la voie des stands.

Des lacunes structurelles pointées du doigt par les pilotes

Hamilton a également souligné un manque d’anticipation de la part de la FIA : « Pendant le briefing des pilotes, je leur ai posé la question : ‘Vous avez vu que l’an dernier il n’y avait aucun dépassement, pourquoi n’avez-vous pas, par exemple, augmenté la zone de DRS ?’ Ils ont répondu : ‘Oh, hmm, on n’y avait pas pensé’. » Des propos qui traduisent une forme de frustration partagée par plusieurs pilotes du plateau.

Le problème ne réside donc pas uniquement dans la conception du circuit lui-même, mais aussi dans l’absence d’adaptations spécifiques à la F1. Par exemple, la voie des stands actuelle cumule 26 secondes de perte, dissuadant toute stratégie audacieuse en matière d’arrêts. Une configuration peu compatible avec les exigences stratégiques actuelles, d’autant que les pneumatiques Pirelli sont cette saison limités à des relais de 25 tours maximum.

Ferrari : un défi de plus à relever

Pour Ferrari, cette course aura été révélatrice d’un problème plus large : l’importance pour l’écurie de maîtriser les circuits à faible niveau de dépassement. Contrairement à d’autres teams dont la monoplace excelle en ligne droite (comme Red Bull ou Mercedes dans certaines phases du développement 2024), la Scuderia a encore du mal à générer l’appui nécessaire sans trop pénaliser sa vitesse de pointe. Losail fait donc figure de casse-tête technique.

L’équipe de Frédéric Vasseur devra pousser la réflexion plus loin avant l’édition 2026, qui pourrait coïncider avec un changement de réglementation technique global. Adapter la SF-25 (ou sa descendante) à ces tracés atypiques est une priorité si Ferrari veut jouer les titres jusqu’au bout.

Un débat crucial pour l’avenir de la F1

Les propos de Lewis Hamilton s’inscrivent dans un débat plus large sur le calendrier F1. Avec l’internationalisation du championnat, y compris dans des pays où la culture automobile n’est pas historiquement enracinée, certains tracés peinent à séduire. Et quand, en plus, le spectacle en piste ne suit pas, les critiques s’intensifient.

Doit-on revoir le tracé de circuits comme Losail ? Faut-il repenser les critères de sélection des Grands Prix ? Pire, la F1 risque-t-elle de sacrifier le spectacle sur l’autel de la diplomatie commerciale ? Autant de questions que soulèvent les propos tranchés de Hamilton, et qui méritent une réflexion collective de la part des instances dirigeantes… tout comme des équipes comme Ferrari, si elles veulent continuer à performer sur l’ensemble du calendrier.

Une chose est sûre : Losail ne laissera plus personne indifférent.

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