Ferrari, légende vivante de la Formule 1, est-elle en perte de vitesse stratégique face aux mastodontes modernes que sont Red Bull et Mercedes ? C’est la question relancée avec force par Juan Pablo Montoya. Dans une sortie médiatique aussi percutante qu’inattendue, l’ancien pilote colombien invite la Scuderia à repenser profondément son management pour espérer retrouver les sommets. Analyse d’un appel au changement qui fait débat à Maranello.
Montoya allume la mèche : Ferrari manque d’un vrai stratège
Dans le dernier épisode du podcast MontoyAS, Juan Pablo Montoya n’a pas mâché ses mots au sujet de la direction actuelle de la Scuderia Ferrari. Pour lui, le constructeur italien souffre d’un déficit de leadership stratégique : « Il faut quelqu’un qui sait ce qu’il faut pour gagner, quelqu’un du calibre d’un Christian Horner ou d’un Toto Wolff », déclare-t-il, pour expliquer le gouffre qui sépare Ferrari de Red Bull actuellement.
Montoya reconnaît tout de même le travail de Frédéric Vasseur, affirmant qu’il « fait un excellent travail ». Mais selon l’ex-pilote de Williams et McLaren, le patron français n’a pas encore l’expérience du haut niveau : « Fred vient de Sauber. Ce n’est pas la même dimension. » Une critique franche qui remet sur le devant de la scène une interrogation récurrente chez les tifosi : Vasseur peut-il vraiment ramener Ferrari au sommet ?
Red Bull, une référence construite sur la vision et la stabilité
Le contraste que trace Montoya est limpide : d’un côté, Christian Horner, patron visionnaire de Red Bull, architecte d’un empire qui a raflé huit titres pilotes et plus de dix couronnes constructeurs. De l’autre, une Ferrari en quête de constance, toujours puissante mais souvent irrégulière. L’ancien pilote souligne : « Horner a construit Red Bull de zéro. Il a choisi les bonnes personnes, instauré la bonne culture. »
Ce modèle Red Bull, fondé sur une stabilité implacable, une stratégie à long terme et des décisions rapides au sein d’un organigramme soudé, pourrait inspirer la Scuderia dans sa quête de la perfection. Mais pour cela, Ferrari doit oser déléguer, faire confiance à un leader doté d’une vraie autorité sportive et d’une capacité à fédérer ingénieurs, pilotes et partenaires.
Montoya n’est pas le premier à pointer du doigt les carences de Ferrari en termes de culture d’équipe. Depuis l’ère Jean Todt et Ross Brawn, la Scuderia a enchaîné les réorganisations sans jamais retrouver une continuité gagnante durable. Là où Red Bull et Mercedes ont su créer des dynasties, la Scuderia peine à bâtir un projet capable de durer trois saisons au sommet.
Un changement de cap nécessaire ?
Les propos de Montoya relancent donc une réflexion stratégique importante : Ferrari peut-elle continuer avec une approche plus collégiale, ou faut-il un patron autoritaire, ultra-visionnaire à la Horner ?
À Maranello, Frédéric Vasseur mène depuis 2023 une réorganisation méticuleuse de l’organigramme technique et opérationnel. On note également un effort nouveau pour bâtir une relation plus fluide avec les pilotes, notamment Charles Leclerc, engagé jusqu’en 2027, et Carlos Sainz, dont le futur reste incertain malgré ses performances régulières.
Mais pour Montoya, ces efforts ne seront vraiment couronnés de succès que si un véritable projet d’envergure est mis en place. Il évoque un délai réaliste de « deux à trois saisons » pour voir les retombées d’un changement de stratégie, mais encore faut-il avoir le bon capitaine pour mener le navire rouge à bon port.
Une Scuderia à la croisée des chemins
L’intervention de Montoya n’est pas anodine. Elle résonne d’autant plus dans un contexte où Red Bull, malgré quelques tensions internes apparues en ce début de saison 2025, continue de dominer sportivement et techniquement. Ferrari, elle, semble progresser mais sans parvenir à casser la domination autrichienne.
La question est simple : faut-il un Christian Horner italien pour sauver la Scuderia ? Le débat est lancé. Si Frédéric Vasseur veut prouver qu’il peut être ce leader, l’année 2025 pourrait bien être celle de la révélation… ou de la remise en cause.
Une chose est sûre : la passion ne suffit plus en Formule 1. La victoire appartient à ceux qui bâtissent, pierre après pierre, une machine à gagner. Et sur ce terrain, Ferrari a encore du travail.