La Scuderia Ferrari se retrouve une nouvelle fois sous les projecteurs, non pas pour ses performances en piste, mais pour une pression politique inattendue. Cette fois, c’est Ignazio La Russa, président du Sénat italien, qui s’est exprimé publiquement sur l’avenir de Frédéric Vasseur, évoquant même une possible arrivée de Flavio Briatore à la tête de l’écurie mythique. Entre jeu d’influences et crise de résultats, Ferrari traverse une zone de turbulences où se mêlent enjeux sportifs et politiques.
Une saison 2024 frustrante pour Ferrari : Vasseur dans le viseur
Frédéric Vasseur, arrivé à Maranello début 2023 après l’ère Binotto, a été investi d’une mission claire : ramener Ferrari au sommet. Si l’ex-patron d’Alfa Romeo F1 avait su initialement instaurer une dynamique plus structurée, la saison 2024 tourne à la désillusion. Malgré quelques podiums et des performances solides ici ou là, la Scuderia n’a pu faire mieux qu’accrocher une troisième place au classement général. Pire encore, les erreurs stratégiques à répétition, les difficultés en qualifications et la fiabilité restent des maux persistants qui rappellent douloureusement les saisons précédentes.
Dans un tel climat, l’ancien soutien médiatique dont bénéficiait Vasseur s’est effrité. Au Grand Prix du Canada à Montréal, il appelait les médias à plus de patience, soulignant les efforts consentis en interne. Mais ces mots, destinés à apaiser les tensions, ont été noyés sous les critiques. En Italie, la passion est souvent aussi vive que l’exigence. Et cette fois-ci, elle s’est même invitée au Parlement.
Quand la politique s’invite dans les stands : l’intervention d’Ignazio La Russa
Il est rare de voir un haut responsable politique intervenir publiquement sur une décision interne à une écurie de Formule 1 — encore plus venant du président du Sénat italien. Ignazio La Russa, figure du parti Fratelli d’Italia et proche de Flavio Briatore, n’a pas hésité à proposer ce dernier pour succéder à Vasseur.
« Flavio est un ami proche. Quoi qu’il ait fait, il l’a toujours très bien fait », a déclaré La Russa, au cours d’une intervention relatée dans les colonnes de la presse italienne. Une déclaration loin d’être anodine, tant Briatore est une personnalité controversée. Directeur d’écurie mythique chez Benetton puis Renault F1 Team, il a su bâtir des équipes championnes du monde avec Michael Schumacher (1994, 1995) et Fernando Alonso (2005, 2006), avant d’être éclaboussé par le scandale du Crashgate en 2008.
Briatore à Ferrari : un pari risqué pour une équipe en perte de repères ?
L’hypothèse de voir Briatore débarquer à Maranello a de quoi diviser. D’un côté, ses compétences en gestion, son flair stratégique et ses méthodes incisives pourraient constituer un électrochoc. De l’autre, son parcours reste entaché par des controverses, et il n’a jamais travaillé au sein de la Scuderia — un nom qui, en Italie, ne peut être abordé qu’avec une immense précaution.
L’intervention de la sphère politique, bien qu’extra-sportive, reflète aussi une forme d’impatience collective. Ferrari est un symbole national. Quand elle vacille, c’est toute l’Italie qui gronde — et pas seulement sur la ligne de départ. Toutefois, laisser des figures politiques orienter la direction stratégique de l’équipe est un précédent dangereux, surtout pour une écurie qui cherche stabilité et cohérence de projet.
Quelle suite pour Ferrari ? Maintenir Vasseur ou céder à la pression ?
Si Ferrari veut définir une vision à long terme, changer de manager au coeur de la crise actuelle pourrait être contre-productif. Frédéric Vasseur, malgré les vents contraires, garde — au moment de l’écriture de cet article — la confiance de John Elkann, président de Ferrari. Mais la pression médiatique et politique pourrait modifier les équilibres internes.
L’éventuelle arrivée de Flavio Briatore ne serait pas seulement un remaniement de plus, elle représenterait un virage radical, tant sur le plan de la culture que de la stratégie. Pour les tifosi, le plus important reste de retrouver une Ferrari digne de son héritage. Et pour cela, l’équipe devra faire des choix décisifs… loin des tribunes du Sénat.