Après une séance de qualifications intense sous les nuages canadiens, une remarque inattendue a retenti dans le paddock : celle de Lewis Hamilton, pointant du doigt la stratégie de pneus adoptée par la Scuderia Ferrari. Une prise de parole qui ne passe pas inaperçue, surtout venant d’un pilote de la firme italienne.
Une qualification solide mais une frustration manifeste
Lewis Hamilton, cinquième sur la grille samedi du Grand Prix du Canada 2024, s’est montré très critique vis-à-vis de la stratégie adoptée par Ferrari. Ce résultat fait de lui le meilleur représentant de la Scuderia dans l’exercice qualificatif, mais cela ne l’a pas empêché de s’interroger ouvertement sur les choix stratégiques de l’équipe dans un entretien accordé à Sky Sports.
« Nous avons travaillé d’arrache-pied tout le week-end pour essayer de la rendre plus rapide mais je ne pense juste pas que la voiture va aller beaucoup plus vite », a déclaré Hamilton. « Je ne pense définitivement pas que nous pouvons rivaliser avec les gars à l’avant et nous devons simplement accepter que c’est ainsi.”
Ces propos mettent en lumière une frustration palpable. Loin de remettre en cause l’implication des ingénieurs et mécaniciens de Ferrari, Hamilton pointe une limite structurelle de la SF-24, aggravée par une stratégie pneumatique qu’il juge peu pertinente.
Choix de pneus : le soft plutôt que le medium, une erreur révélatrice ?
L’objet de la discorde : le choix du pneu tendre (soft) lors des phases clés de qualification, alors que la majorité des concurrents directs optaient pour le pneumatique medium, plus constant sur la durée et souvent mieux adapté aux températures rencontrées à Montréal.
« Les autres gars avaient le pneu medium, ce dont je ne suis pas vraiment sûr pourquoi nous ne l’avons pas considéré », s’est interrogé Hamilton. « On nous a dit que le soft était le meilleur, donc c’est celui avec lequel nous sommes partis. »
Ce commentaire soulève davantage qu’une simple interrogation technique. Il met en lumière un mal plus profond : le manque de cohésion ou d’anticipation stratégique chez Ferrari, une problématique récurrente ces dernières saisons malgré les efforts entrepris par Frédéric Vasseur pour redresser la barre depuis son arrivée à la tête de la Scuderia en 2023.
Ferrari face à ses démons stratégiques
Depuis les saisons précédentes, Ferrari est régulièrement pointée du doigt pour des décisions tactiques parfois jugées hasardeuses, notamment en qualification ou sur le plan des arrêts en course. L’intervention de Lewis Hamilton, personnalité respectée et doublement impliquée maintenant dans les performances de l’équipe, pourrait bien accentuer la pression autour du département stratégie de Maranello.
Alors que Charles Leclerc et Carlos Sainz — les deux pilotes titulaires habituels de la Scuderia — connaissent eux aussi une saison faite de hauts et de bas, l’ajout d’un troisième regard expérimenté comme celui de Hamilton ambitionnait d’apporter un équilibre stratégique nouveau. Mais encore faut-il que cet apport soit écouté et intégré de manière proactive.
Le Grand Prix : une opportunité de rebondir ?
La cinquième place sur la grille reste une base solide pour dimanche. Si Ferrari réussit à revoir sa stratégie de façon à mieux gérer les séquences de course, notamment en matière de gestion du trafic et du choix de pneus, Hamilton pourrait bien jouer un rôle de premier plan dans une épreuve à rebondissements fréquents.
Avec une météo incertaine et un tracé mêlant haute vitesse et freinages appuyés, le Circuit Gilles-Villeneuve offre souvent des scénarios imprévisibles. L’expérience d’Hamilton combinée à sa connaissance des limites de la SF-24 peut faire la différence.
Conclusion : vers une remise en question stratégique ?
Critique mais constructive, la sortie de Lewis Hamilton met Ferrari face à un miroir. Loin de fustiger inutilement l’équipe, le Britannique espère sans doute amorcer un changement de culture stratégique en interne. Alors que la Scuderia vise un retour aux avant-postes sur toute une saison, l’écoute de ses pilotes – surtout lorsque l’un d’eux est septuple champion du monde – pourrait bien faire partie de la solution.
En course, Ferrari aura une chance de prouver que ces critiques sont prises en compte, et, surtout, qu’elle est capable d’adapter sa stratégie pour maximiser ses résultats. Verdict ce dimanche à Montréal.