En cette saison 2024 pleine de rebondissements, Alpine semble alterner entre éclairs de performances et frustrations en course. Le Grand Prix d’Émilie-Romagne, disputé sur le légendaire tracé d’Imola, n’a pas fait exception. Si Pierre Gasly a une fois encore impressionné lors des Essais Libres, la grande question reste toujours la même : Alpine saura-t-elle enfin concrétiser le samedi et le dimanche ?
Alpine confirme sa forme… mais seulement le vendredi
Depuis le début de saison, Pierre Gasly se montre particulièrement à l’aise lors des premiers roulages du week-end. À Imola, le Français a signé le 6e temps durant les EL1, suivi d’un excellent 3e temps en EL2. De quoi faire naître quelques espoirs. Dans une déclaration relayée par Alpine sur son site officiel, le Normand affiche un certain optimisme : « Dès le premier tour, j’ai senti que la voiture se comportait bien […] Nous avons répondu à certaines interrogations de la dernière course. »
Un petit incident insolite est même venu perturber ses EL1 : un lièvre a heurté son aileron avant, causant des dégâts mineurs. Heureusement, l’équipe a réparé rapidement les dommages pour les EL2. Un détail qui illustre aussi le sérieux et la réactivité des troupes dirigées par Flavio Briatore.
Mais cette bonne tenue du vendredi ne s’est pas encore traduite en performances le samedi et en efficacité le dimanche. Une tendance préoccupante : en six Grands Prix, Gasly n’a marqué des points qu’à deux reprises — 7e à Bahreïn et 8e lors du sprint à Miami. Sa régularité dans le top 10 des EL montre bien le potentiel de l’A524, mais la difficulté à réitérer en qualification interroge.
Les limites d’un projet encore trop fragile ?
Le mal semble donc structurel chez Alpine. Différentiel de performance entre les sessions d’essais et les phases critiques, gestion du pneu en conditions variables, adaptation stratégique en course : plusieurs facteurs expliquent cette dissonance. Le gros point noir reste la phase de qualification, où la monoplace française peine à convertir sa compétitivité en performance brute.
La tension semble également monter côté direction. Si l’écurie avait annoncé que Franco Colapinto, jeune Argentin prometteur, remplacerait Jack Doohan pour les cinq prochains Grands Prix, le patron Flavio Briatore a tenu à remettre les pendules à l’heure. « Cinq courses ? C’est la presse qui l’a dit. C’est nous qui décidons, que ce soit quatre, cinq, ou 82 », a-t-il affirmé sans détour, relayé par Auto-Moto.
Une déclaration à la fois classique pour le bouillant dirigeant italien, et révélatrice du climat d’attente qui entoure Alpine. On sent que le team est sous pression, cherchant à valider ses choix techniques, mais aussi humains.
Colapinto découvre la F1 avec enthousiasme
Pour Colapinto, cette première journée à Imola fut avant tout une immersion. Solide en EL1 et un peu plus en rythme en EL2, le rookie argentin affiche un enthousiasme communicatif. « Je commence à me sentir mieux dans la voiture. J’ai encore beaucoup à apprendre, mais je progresse », a-t-il expliqué.
Chez Alpine, on espère que l’Argentin saura exploiter cette chance pour montrer de quoi il est capable. Mais la tâche s’annonce corsée dans un environnement ultra-compétitif où chaque centième compte. La comparaison avec Gasly, déjà à l’aise avec la voiture, pourrait s’avérer cruelle s’il ne montre pas rapidement des signes tangibles de progrès.
Quel avenir pour Alpine en 2024 ?
Au final, cette situation met en lumière les paradoxes structurels d’Alpine. Capable de flirter avec le haut de tableau sur un tour, mais incapable à ce jour de capitaliser sur l’ensemble d’un week-end, la structure française devra impérativement transformer ses promesses en résultats dès samedi. Sans quoi, sa crédibilité — et possiblement son projet F1 — risquent de s’effriter au fil des saisons.
Le progrès est visible, mais chaque week-end sans points renforce l’urgence de résultats. À Imola, Gasly était rapide. Reste à l’être aussi là où ça compte : en Q3 et sous le drapeau à damier du dimanche.