Ferrari en pleine zone de turbulences : tensions internes, stratégie floue et pneus récalcitrants à Miami

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par Alex Marcol

Le Grand Prix de Miami 2024 était censé permettre à la Scuderia Ferrari de reprendre de l’élan dans la course au titre. Mais entre mésententes stratégiques, une dégradation incomprise des performances en qualifications et des tensions latentes au sein de l’équipe, le week-end américain a surtout mis en lumière les fragilités d’un projet encore en construction.

Hamilton-Sainz : des tensions révélatrices d’un contexte inflammable

Sur la piste de Miami, ce n’est pas tant le résultat brut que la manière qui a dérangé dans le camp Ferrari. Une situation tendue est survenue lorsque Lewis Hamilton, récemment arrivé chez Ferrari et toujours en pleine intégration, a exprimé son agacement à la radio après avoir laissé passer Charles Leclerc. Prévenu de l’arrivée imminente de Carlos Sainz, qui le talonnait à moins de deux secondes, Hamilton s’est exclamé d’un ton acide : « Je dois le laisser passer lui aussi ? » (source : F1i.fr).

Si la déclaration a pu prêter à sourire par son humour pince-sans-rire typiquement britannique, elle n’a guère été appréciée dans le giron de la Scuderia. D’autant plus que Carlos Sainz, rappelons-le, a été évincé à la fin de la saison pour faire place à… Hamilton. Une tension à fleur de bitume donc, renforcée par le sentiment croissant d’une cohabitation complexe entre les deux pilotes. Bien qu’Hamilton ait ensuite tempéré ses propos, déclarant ne pas vouloir brosser dans le sens du poil les « sensibilités » de l’équipe, le message est clair : l’Anglais est venu pour gagner, pas pour faire de la figuration.

Les qualifications : le maillon faible de Ferrari

Mais au-delà des frictions internes et des jeux d’ego, c’est bien sur le plan technique que Ferrari a le plus inquiété ce week-end. En qualifications, les deux monoplaces rouges ont montré une énigmatique baisse de performance lorsque chaussées de pneus neufs. Un paradoxe frappant dans un sport où ces gommes fraîches représentent d’ordinaire l’arme ultime pour améliorer les chronos.

Frédéric Vasseur, directeur d’équipe, a été clair et lucide : « Lors des qualifications, notre tour le plus rapide avec les deux voitures a été réalisé avec des pneus usés et non avec des pneus neufs. Nous n’avons pas été en mesure d’exploiter le potentiel de l’adhérence maximale » (source : déclaration officielle – Ferrari via presse F1).

Ce manque de compréhension des comportements de la SF-24 en configuration de qualif’ est un véritable talon d’Achille. Résultat : les Ferrari partent loin, se retrouvent englouties dans le peloton et neutralisent ainsi leur rythme de course qui, selon Vasseur, équivalait presque à celui de Mercedes et Red Bull.

Un rythme de course encourageant, mais handicapé par une mauvaise position de départ

Le vrai paradoxe reste cette Ferrari double-face. D’un côté, un rythme de course solide – capable d’inquiéter Mercedes, voire de titiller Red Bull à rythme égal. De l’autre, une incapacité chronique à se placer en bonne position dès le samedi. Vasseur le résume sans détour : « Le rythme de course était probablement le même que celui de Red Bull et de Mercedes. Mais quand vous partez en fond de grille, ce rythme ne sert à rien. »

Et pendant que McLaren, dominante à Miami, imposait une autre dimension de performance avec Piastri et Norris, Ferrari semblait à nouveau courir en décalage, victime d’un manque d’adaptabilité aux conditions du week-end.

Perspectives et enjeux pour la Scuderia

Cette prestation en demi-teinte soulève plusieurs enjeux majeurs pour Ferrari :

– Mieux gérer ses pneus en qualifications, en comprenant pourquoi les gommes neuves ne produisent pas l’effet escompté sur la SF-24.
– Réduire les tensions internes alors que l’arrivée d’Hamilton redistribue l’équilibre psychologique de l’équipe.
– Capitaliser sur un rythme de course solide en maximisant les positions de départ.

Pour Vasseur et ses ingénieurs, une tâche titanesque les attend avant les prochaines échéances européennes. La Scuderia possède la vitesse, le duo Leclerc-Hamilton a le talent, mais encore faut-il faire converger les efforts dans la même direction. Car si Ferrari veut rivaliser avec Red Bull, McLaren et Mercedes, elle n’a plus le luxe de l’approximation.

Et pour les tifosi, une question persiste : quand la Scuderia traduira-t-elle enfin son potentiel en victoires ?

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